"Pour les cinq doigts", Etudes pour Piano, Livre I, L. 136
Les douze Études pour piano sont dédiées à l’illustre maître polonais Frédéric Chopin, qui composa presque un siècle plus tôt deux recueils de douze études pour piano. Debussy s’attelle à ce chantier dantesque en 1915, alors qu’il est malade et fatigué.
Le terme « étude », parfois connoté de manière négative, se destine à améliorer la technique de l’interprète. Au demeurant, de grands compositeurs ont érigé cette forme au panthéon de la littérature pianistique (Chopin, Schumann, Liszt, etc.). Construites autour d’une virtuosité qui va de pair avec le romantisme, ces pièces du répertoire n’en sont pas moins intéressantes sur les avancées de l’écriture (et de l’utilisation) de l’instrument. Les pièces de Debussy, loin d’être destinées à des débutants mais à des pianistes bien confirmés ne se conçoivent pas au seul but d’atteindre le parangon de la vélocité, de l’endurance et de la virtuosité, mais se fendent également d’une recherche de souplesse, d’agilité, de sonorités et de timbres, ouvrant ainsi la voie à de nombreux compositeurs du XXe siècle à l’instar de Messiaen.
Il est toutefois indispensable de souligner la dimension ironique des titres proposés par l’auteur. « Pour les cinq doigts », « Pour les tierces », « Pour les quartes », « Pour les notes répétées », etc. Le titre de la première étude du premier livre : Pour les cinq doigts, d’après Monsieur Czerny est une forme d’hommage narquois au vieux maître de la technique digitale. Dans la présente étude les premières notes commencent par une gamme aller-retour en ut majeur (de do à sol) indiquée « sagement » sur la partition confirment l'humour. Rapidement, les « exercices » de la main gauche sont troublés par des dissonances pour le moins troublantes dans cet univers qui paraît si académique et qui, au fil des mesures passées, ne le sera plus tout à fait.