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Bienvenue Jaap van Zweden !

Publié le ven 28/08/2026 - 10:00
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Jaap van Zweden -Photo : Dario Acosta
Jaap van Zweden -Photo : Dario Acosta
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À la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, le chef néerlandais ouvre un nouveau chapitre de son parcours. Entre Bach, Wagner et la création, il évoque sa vision du son, de la transmission et de la relation qui unit un chef à ses musiciens. 

Vous prenez cette saison la direction de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Dans quel état d'esprit retrouvez-vous les musiciens ? 

J'ai envie d'apprendre à mieux les connaître. Pendant les répétitions et les concerts, bien sûr, mais aussi en tournée, où l'on prend enfin le temps de parler. Derrière chaque instrument, il y a une personne, une famille, une histoire. Pour un chef, découvrir les musiciens est un magnifique voyage. Aujourd'hui, je monte sur le podium, j'entends un son, nous travaillons ce que nous voulons améliorer, mais je ne connais pas encore vraiment les femmes et les hommes qui composent cet orchestre. Cela viendra avec le temps. Nous commençons à construire un langage commun. Les musiciens découvrent l'univers sonore que je recherche et, lorsqu'il nous arrive de ne pas être tout à fait d'accord, nous cherchons ensemble le chemin qui nous permettra d'avancer. 

Comment définiriez-vous justement le son du Philharmonique ? 

Je dirais que c'est un caméléon. Actuellement, nous jouons Bruckner, demain Mozart, puis un programme totalement différent. Les musiciens passent d'un univers à l'autre avec une remarquable facilité. C'est leur grande force. Il nous reste encore à explorer ensemble tous ces mondes sonores — La Mer, Le Sacre du printemps... — mais je suis frappé par leur capacité d'adaptation. Je viens d'une tradition très marquée par Bruckner, Mahler et Wagner ; les musiciens, eux, possèdent naturellement une affinité profonde avec la musique française. Cette rencontre est passionnante. 

Vous avez longtemps travaillé en Asie. Cette expérience a-t-elle changé votre regard sur la musique ? 

Elle m'a surtout conduit vers Wagner. À Hong Kong, j'ai monté pour la première fois le Ring. Depuis, Wagner occupe une place essentielle dans ma vie. Un orchestre qui ne joue pas Wagner se prive d'une couleur fondamentale. Chez Wagner, tout repose sur la continuité du discours musical, sur la manière de relier chaque note à la suivante. Mais il faut aussi une immense souplesse, héritée de l'opéra italien. C'est pourquoi je suis si heureux que le Philharmonique retrouve cette musique. Wagner est une nourriture quotidienne : si un orchestre cesse d'en jouer pendant plusieurs années, il perd cette langue. Après Tristan, pourquoi pas Parsifal ou Le Vaisseau fantôme ? 

Diriez-vous de Bach, dont vous allez jouer la Passion selon saint Matthieu, qu’il doit être aussi une nourriture quotidienne ?  

Cette partition est une Bible. Je la fréquente depuis l'âge de dix-neuf ans. Je l'ai jouée avec de nombreux chefs, mais celui qui m'a le plus marqué est Nikolaus Harnoncourt, dont j’ai énormément appris. Pour autant, lorsque je dirige Bach aujourd'hui, je ne pense pas à Harnoncourt. Je pense simplement à la musique. Et Bach est en effet une école extraordinaire pour un orchestre : il développe son écoute, sa respiration, sa souplesse. Vous savez, reprendre une œuvre, c’est la redécouvrir à l’infini. Je rouvre sans cesse la partition, je la réapprends. À chaque nouvelle lecture, on entre un peu plus profondément dans la musique. Il en va de même avec les orchestres. Chacun possède son identité, ses qualités, ses difficultés. On ne demande jamais exactement les mêmes choses à deux orchestres différents, il faut savoir s'adapter. Mon idéal sonore reste le même, mais il se construit toujours avec le son propre de l'orchestre. 

Que souhaitez-vous construire avec les musiciens ? 

Avant tout une relation de confiance. Être sur scène avec un orchestre, c'est vivre une histoire d'amour à travers la musique. J'aime dire que je suis un prêtre au service des partitions : il n'est jamais question de moi. Nous construirons sans précipitation. J'aime aussi comprendre chaque musicien : connaître ses qualités, ses fragilités, savoir quand il a besoin de moi et quand il vaut mieux le laisser libre. Cela demande des années. 

Et qu'attendent les musiciens de leur directeur musical en retour selon vous ? 

Que je connaisse parfaitement les partitions et que j'aie une vision claire de ce que je souhaite entendre. Ensuite, il faut savoir écouter leurs traditions, partager les siennes, avancer ensemble. C'est un échange permanent. 

L'Orchestre Philharmonique est très engagé dans la musique d’aujourd’hui. 

Et c'est essentiel. Sans musique nouvelle, la musique classique finira par mourir. Créer une œuvre est toujours une aventure exigeante, mais lorsqu'une création réussit, c'est une immense satisfaction pour le compositeur, les musiciens et le chef. Steve Reich écrit actuellement une nouvelle partition pour nous, ce qui me réjouit énormément. Nous aimerions également enregistrer des symphonies de Glass. J'ai aussi très envie de découvrir davantage de compositeurs français.   

Qu'est-ce qui fait, selon vous, de façon plus générale, la singularité d'un orchestre de radio ? 

Sa capacité à entrer dans la vie des gens. Grâce à la radio, nous pouvons toucher des centaines de milliers de personnes jusque dans leur salon. Nous pouvons enrichir leur quotidien. C'est une responsabilité magnifique. Radio France est un immense porte-voix de la musique classique, et je suis très heureux d'en faire partie. 

Quelle place accordez-vous à la transmission ? 

Elle est fondamentale. Les jeunes musiciens doivent pouvoir jouer aux côtés des orchestres professionnels, où ils acquièrent une expérience irremplaçable quand, dans le même temps, l'orchestre prépare son propre avenir. C'est une démarche que j'ai développée à Dallas puis à New York. J'enseigne par ailleurs la direction chaque été, à Gstaad. Le premier conseil que je donne aux jeunes chefs est de ne pas être pressés. Beaucoup s'inquiètent de leur carrière, de leur avenir, mais notre métier exige du temps. On apprend certes à diriger avec un piano, mais le piano suit toujours ; un orchestre, lui, possède sa propre personnalité. Il exige de construire une relation avec les musiciens, mais aussi avec le son. Être chef, c’est construire une relation avec un univers sonore. Je dis aussi aux jeunes chefs : soyez des combattants. N'attendez pas que les occasions viennent à vous, créez-les. C'est ainsi que j'ai construit toute ma carrière. Personne ne l'a fait à ma place, et personne ne m’a jamais aidé. Jamais. 

Même pas Leonard Bernstein à vos débuts ? 

Bernstein ne m’a jamais aidé, mais il m'a donné un conseil précieux : prendre ce métier très au sérieux. Le reste, j'ai dû le construire moi-même. 

Vous vous installez à Paris dès cette rentrée, mais vous entretenez une relation de longue date avec la France ! 

Oui. Nous avons une maison dans le sud de la France, où j’aimerais pouvoir vivre davantage. Je crois qu’il n’existe pas de plus beaux couchers de soleil au monde que ceux de la Côte d'Azur. Et s'il ne devait y avoir qu'une seule capitale en Europe, ce serait Paris. C'est une ville magnifique, profondément inspirante. Elle relie les deux univers auxquels j'appartiens : l'Europe du Nord, d'où je viens, et le sud de la France, qui occupe une grande place dans mon cœur. Bien avant de devenir directeur musical du Philharmonique, je venais régulièrement diriger à Paris. Lorsque je recevais mon calendrier de saison, je cherchais toujours où se trouvait Paris et à quelle période de l'année j'allais y revenir. J'y ai aussi des amis de longue date. Au fond, ma relation avec la France est une vieille histoire.  

Votre fondation Papageno, consacrée à l'accompagnement des enfants autistes et de leurs familles, pourrait-elle un jour s'implanter en France ? 

Nous verrons. Aujourd'hui, la fondation existe depuis trente ans aux Pays-Bas et demande déjà énormément d'énergie. Nous accompagnons des jeunes, nous gérons plusieurs maisons d'accueil, et les besoins sont immenses. Je préfère consacrer pleinement mes forces à ce projet. Au fond, s'il y a une chose que la vie m'a apprise, c'est que ce n'est pas ce que l'on reçoit qui compte. C'est ce que l'on donne. C'est peut-être la seule chose que nous emporterons avec nous. 

Propos recueillis par Jérémie Rousseau 

 

Jaap van Zweden - Photo : Christophe Abramowitz

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