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Dans les pas de Charles Dickens
Depuis près de deux siècles, l'œuvre de Charles Dickens façonne notre imaginaire collectif bien au-delà de la littérature. Son héritage irrigue encore les contes, les romans pour la jeunesse et les lectures partagées en famille. Petit voyage au cœur d'une tradition qui ne cesse de se réinventer.
Au XIXᵉ siècle, Charles Dickens propose dans son célèbre conte Un chant de Noël (1843), une représentation de cette fête qui s’inscrit dans la grande tradition victorienne et perdure encore aujourd’hui. Aux valeurs religieuses se substituent progressivement celles de la famille, de la fête intergénérationnelle, de la solidarité, du partage des cadeaux et du foyer présenté comme un refuge protégeant des frimas. Dickens invente le personnage d’Ebenezer Scrooge, un vieil homme riche, solitaire et avare qui déteste Noël. Un soir de décembre, il reçoit la visite du fantôme de son ancien associé, Marley, et de 3 esprits incarnant passé, présent et avenir. Ces apparitions lui font prendre conscience de la médiocrité de sa vie et du triste destin qui l’attend… Bouleversé, Scrooge décide de changer radicalement et d’être bienveillant envers les autres. L’œuvre réunit tous les ingrédients du parfait conte de Noël et le succès est au rendez-vous. Talonné par d’autres créations de cette époque : La Petite Fille aux allumettes de Hans Christian Andersen, publiée en 1845 ; Casse-Noisette et le Roi des souris, écrit par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann et rendu célèbre par le ballet composé par Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1892.
La fête de Noël est tellement ancrée dans les mœurs et les consciences qu’elle semble avoir existé depuis la nuit des temps. Dès la fin du Iᵉʳ siècle après J.-C., les Évangiles du Nouveau Testament permettent aux premiers chrétiens de découvrir le récit de la naissance de Jésus. La fête du 25 décembre, quant à elle, est officiellement instituée au IVᵉ siècle, sous l’Empire romain. Au Moyen Âge, la christianisation s’étend à l’Europe et les contes de Noël commencent à circuler sous forme de pièces de théâtre – mystères médiévaux – jouées sur les parvis des églises. Ils donnent à voir la naissance du Christ, les bergers et les Rois mages. Parallèlement, se multiplient en Europe les contes qui mettent en scène des animaux dotés d’intelligence et de parole, des anges, des lutins. Ils sont transmis oralement sous forme d'histoires, parfois moralisatrices, notamment au moment des veillées de Noël.
Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, le développement de l’industrialisation et de l’urbanisation renforce cette imagerie nostalgique des traditions de Noël à laquelle s’ajoute une vision consumériste et marchande de plus en plus décomplexée. Le cinéma et la télévision s’emparent du sujet pour proposer des créations grand public comme Mickey’s Christmas Carol en 1983 chez Disney ou Le Pôle Express réalisé par Robert Zemeckis en 2004. Malgré la concurrence croissante de ces médias, la production éditoriale n’a eu de cesse de se renouveler grâce à des auteurs et illustrateurs inspirés qui prennent encore aujourd’hui un malin plaisir à revisiter la tradition de Noël en la confrontant à des sujets d’actualité.
Héritiers de cette longue tradition, les lecteurs d’aujourd’hui peuvent à leur tour faire vivre ces histoires à l’occasion des fêtes de fin d’année. Alors pourquoi ne pas profiter du mois de décembre pour partir à la découverte de ces contes et leur consacrer un temps de lecture quotidien ? Cela peut se faire seul ou à plusieurs. Et si réunir 24 livres pertinents sur le sujet vous paraît insurmontable – ou trop onéreux ! –, sachez que des éditeurs proposent de très bons recueils en forme de calendrier de l’avent comme celui du Père Castor (2025) ou Les 24 fois où la tournée du Père Noël faillit être annulée de Thierry Dedieu (Seuil Jeunesse, 2025).
Pour que le rituel fonctionne, prenez le temps de créer un cocon chaleureux avec une lumière tamisée, peut-être près du sapin, et installez-vous confortablement. Vous pouvez alors replonger en enfance en optant pour la lecture des classiques ou bien conquérir de nouveaux horizons. Des livres magnifiques explorent la façon de fêter Noël dans le monde, comme Le Noël de Loulou M’zungu à Mayotte d’Ophélie Pelegrin (L’Harmattan, 2012) ou Mon chat autour du monde de Françoise de Guibert (Didier Jeunesse, 2025).
Pour se lancer dans une lecture à voix haute, il n’est pas indispensable d’avoir suivi le cours Florent ! Pensez à moduler votre voix selon les personnages et l’action : chuchoter pour créer du mystère, accélérer pour le suspense, marquer des pauses dramatiques. Lire à deux voix avec votre enfant peut aussi être très agréable. Même les plus grands qui savent lire seuls apprécient généralement qu’on leur raconte une histoire. Si vous avez un peu de temps devant vous, voici deux excellents romans qui abordent la solidarité et l’entraide à l’approche de Noël : Deux fleurs en hiver de Delphine Pessin (Didier Jeunesse, 2020) et La Lettre de mon grand-père de Michael Morpurgo (Gallimard Jeunesse, 2019).
Pour que votre lecture à haute voix capte l’attention, n’hésitez pas à varier les rythmes et surtout, vivez l’histoire en y croyant vous-même. Choisissez des sujets qui vous tiennent à cœur ou qui peuvent favoriser l’échange avec votre entourage. De petites perles comme Le Roi des forêts de Pierre Gemme (Flammarion Jeunesse, 2025) ou Le Noël de Marcus de Chiara Lorenzoni (Minedition, 2025) sortent des sentiers battus en interrogeant nos pratiques festives en lien avec le développement durable ou l’écologie. Vous l’aurez compris, le conte de Noël ne recule devant aucun sujet. Dans Psychanalyse des contes de fées – un essai paru dans les années 70 qui a permis de réhabiliter durablement ce genre littéraire –, le psychanalyste et pédagogue Bruno Bettelheim expliquait que les contes ont pour fonction de répondre aux questions que se posent les enfants. Une théorie qui se vérifie encore aujourd’hui. Juste une question pour finir : peut-on fêter Noël à l’envers ? L’album à la douce impertinence de Charly Delwart (Marcel et Joachim, 2025) se fait un plaisir d’y répondre. Décidément, il se pourrait bien que les livres aient réponse à tout, et c’est tout le mal qu’on leur souhaite.
Anne-Valérie Guerber