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La petite musique de France Musique
Une émission qui devient concert : pour fêter ses 10 ans à l’antenne de France Musique, le Bach du dimanche de Corinne Schneider investit la scène de l’Auditorium de Radio France le 27 septembre. Reportage en coulisses.
« La routine est un rituel raté », s’amuse Corinne Schneider. Pour la production de son Bach du dimanche auréolé de la décennie en cette rentrée 2026, traquer la redite est devenu un défi hebdomadaire ; la richesse inouïe de la matière première, son alliée indéfectible.
Deux heures avec le Cantor de Leipzig pour amorcer le repos dominical et donner le ton au premier jour de la semaine : cette idée de Marc Voinchet, directeur de la chaîne, n’avait rien d’une évidence. « Lorsque j’ai pris les rênes de l’émission, les collègues étaient inquiets pour moi, se souvient la productrice. Ils se demandaient comment je parviendrais à tenir la saison entière. » Ce format monographique dédié à un unique compositeur n’avait jamais eu d’équivalent sur la chaîne ; il fait également figure d’exception à l’étranger.
Guider l’auditeur à travers un répertoire sans fond en lui épargnant toute lourdeur musicologique, voilà l’esprit du Bach du dimanche, qui a passé l’âge de raison avec brio et aborde l’adolescence dans une égalité de tempérament, sans rien céder à la monotonie. « Interprétations vocales ou instrumentales dans une approche moderne ou historiquement informée d’œuvres profanes ou sacrées, interrogées à travers des relectures jazz, des appropriations de compositeurs d’aujourd’hui… l’offre pléthorique dont nous jouissons en France et à l’étranger permet de composer une série de variations infinies à l’intérieur d’un cadre établi », souligne Corinne Schneider.
Ces variations se structurent autour d’une programmation musicale tournée vers l’actualité du disque et des concerts. Quatre reportages par an, un rendez-vous hebdomadaire autour de Bach et l’orgue et une chronique de cinq minutes, au thème plusieurs fois renouvelé, ponctuent cette mécanique bien huilée : « j’ai restitué la biographie de Bach en quarante-trois épisodes, constitué un abécédaire éclectique, rassemblé des propos d’archives, réuni des interprétations insolites. Désormais, cette case est consacrée aux versions jazz. » Indétrônable depuis la première émission, la cantate, diffusée à huit heures, accompagne le calendrier liturgique et la rupture du jeûne pour Corinne Schneider et son équipe : « je sors du studio, rejoins mes acolytes en régie et nous partageons nos victuailles. De mon côté, le thé au miel blanc et mousseux est absolument indispensable pour que la matinée se passe correctement ! »
Gage de la détente au moment du direct, la préparation de l’émission est effectuée tôt dans la semaine. « Lorsque nous arrivons en studio, les couloirs sont vides, la Maison ronde sommeille. Nous pouvons ajuster notre programmation à la marge le samedi soir, mais l’essentiel est bétonné dès le jeudi. »
Cette ambiance propice au calme et à la tranquillité s’imprime dans le ton de l’émission : « j’ai appris le métier pendant trois années au micro du Matin des musiciens, précise Corinne Schneider. Pour le Bach du dimanche, je voulais un esprit moins pédagogique et très musical, en concordance avec l’atmosphère du moment : de la concentration mais aussi cette dynamique si particulière du dimanche matin. » Le contact avec les auditeurs fait partie des grandes joies du direct : « Certains m’écrivent tous les dimanches matin depuis dix ans – ce lien est unique. » Parmi les histoires insolites : celle de Luc, auditeur normand à la tête d’un club d’escrime, qui diffuse l’émission dans le bus empli de jeunes sportifs en route vers les compétitions.
En septembre 2023, Corinne Schneider reçoit Philippe Herreweghe et diffuse un enregistrement inédit, conservé dans les entrailles de l’INA : la première exécution parisienne de la Passion selon saint Matthieu dans une interprétation historiquement informée en 1980, à l’église Saint-Étienne-du-Mont par le musicien belge. « De nombreux instrumentistes et spectateurs m’ont contactée pour me dire qu’ils avaient participé à ce moment historique. J’ai appris, grâce à ces témoignages, qu’une foule était restée bloquée dehors, tant l’église était bondée. »
Le Bach du dimanche est complété l’été par Les introuvables de Bach, fruit d’une campagne de numérisation des fonds de la discothèque de Radio France – des 78-tours et 33-tours réalisés entre 1920 et 1960. De ce travail monumental autour des archives et de l’actualité liée au Cantor de Leipzig résulte une expertise reconnue et sollicitée au-delà de l’Hexagone. « Nous avons constitué une collection extraordinaire et diffusé l’œuvre intégrale de Bach. Je suis au courant de toutes les initiatives liées au compositeur en Europe, il m’arrive d’ailleurs de mettre en relation des personnes susceptibles de se rendre service dans une même ville. »
Les ingrédients du Bach du dimanche seront exploités pour célébrer la décennie de l’émission le 27 septembre à l’auditorium de Radio France : une cantate, du jazz, de la musique contemporaine et une création mondiale réuniront Lucile Richardot, le trio Paul Lay, Maude Gratton ou Benjamin Alard – dont la carrière s’est déployée en même temps que l’émission – sous la présentation didactique et chantante de Corinne Schneider.
Aude Giger
France Musique
France Musique, dimanche, de 7h à 9h
Disponible en podcast sur le site et l’application Radio France