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L’histoire comme prétexte, la musique comme aventure

Publié le jeu 24/09/2026 - 16:15
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Photo : Christophe Abramowitz
Photo : Christophe Abramowitz
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Violoniste de l’Orchestre National de France, Claudine Garçon crée et anime des contes et ateliers musicaux pour les enfants. Depuis près de vingt ans, ces rendez-vous très suivis transforment l’imaginaire en porte d’entrée vers les chefs-d’œuvre.  

Au fond, les histoires ne sont qu'un prétexte. Baba Yaga, un prince poursuivant trois oranges, une sirène, des korrigans ou un arbre magique ne sont pas les véritables héros de ces ateliers. Les héros s’appellent Bartók, Falla, Debussy, Fauré, Saint-Saëns ou Jolivet. Depuis dix-huit ans, Claudine Garçon a imaginé, seule, puis avec des musiciens du National, une manière singulière de faire découvrir la musique aux enfants : raconter des contes, certes, mais surtout les faire entrer physiquement dans les œuvres. « Plus encore qu'écouter, expérimenter la musique avec leur corps. Sarah Goldfarb, qui nous a formés, m'a appris à transformer les thèmes en chansons, à faire des rythmes etc. » résume-t-elle. 

 

L'idée est née presque par hasard. À l'origine, quelques musiciens intervenaient dans des classes maternelles afin de préparer les enfants aux répétitions générales de concerts de l’Orchestre National de France. Très vite, Claudine Garçon comprend que l'écoute ne suffit pas. Il faut jouer, marcher, chanter, inventer. « La musique appelle des attitudes, des mouvements différents en fonction de son style. » Dès lors, tout s'enchaîne : un thème devient une chanson, un autre un rythme frappé dans les mains ou sur le corps, le traditionnel « 1, 2, 3, soleil » se transforme en « 1, 2, 3, musique ». Sans même s'en apercevoir, les enfants apprennent à reconnaître un caractère, une nuance, une pulsation. 

Le premier atelier s'appelle Baba Yaga. Son point de départ n'est pourtant pas la célèbre sorcière slave, mais les Duos de Bartók. « Ce sont de petits bijoux » explique la violoniste, fascinée par ces mélodies populaires que le compositeur est allé recueillir dans les campagnes hongroises. L'histoire viendra ensuite. « J'ai d'abord choisi les Duos de Bartók, et en fonction d'eux, j'ai raconté l'histoire. L'histoire est un prétexte à la musique. À un moment, le petit Yvan est même transformé… en moustique, simplement parce qu'il faut faire entendre le célèbre duo de Bartók. Les enfants ne découvrent pas seulement une histoire, ils vivent la musique de l'intérieur. » 

Chaque nouvel atelier ouvre ainsi une porte sur un univers sonore différent. Avec Le Prince et les trois oranges, conçu avec le percussionniste Emmanuel Curt et la violoniste Claire Hazera-Morand (également cocréatrice des ateliers L'Arbre aux feuilles d'or et la harpe magique et Dans la forêt lointaine), cap sur l'Espagne. Falla, Granados, castagnettes, tambourin, percussions : avant même que le conte ne commence, les enfants montent dans un « train magique » qui ralentit, accélère, change de nuances au gré des obstacles rencontrés. « Tout est pédagogique, sourit Claudine Garçon. Une bohémienne est incarnée par La Vie brève, la tristesse du prince par Granados ; ailleurs, un thème devient une chanson ou un jeu rythmique. Les notions musicales naissent toujours de l'action. » 

Même principe dans L'Arbre aux feuilles d'or, imaginé avec la harpiste Émilie Gastaud. Cette fois, c'est un paysage français qui se déploie : Saint-Saëns, Fauré, Debussy, Leclair, Jolivet… La Sicilienne de Fauré devient l'occasion d'expliquer ce qu'est une sicilienne ; L'Aquarium du Carnaval des animaux se métamorphose en comptine ; un accord parfait sauve l'héroïne des sortilèges d'une sirène. « À l'écoute, ils reconnaissent un accord parfait », raconte-t-elle. Sans jamais employer un vocabulaire technique, les enfants découvrent harmonie, timbre, crescendo, piano ou forte. « Toutes les cinq minutes, l'histoire est ponctuée par une activité », de façon à maintenir l’attention éveillée : on chante, on mime le vent, on frappe des rythmes, on devient dragon, korrigan ou poisson. 

Le dernier atelier, Dans la forêt lointaine, s'adresse aux tout-petits, de huit mois à trois ans. Avec la bruiteuse Élodie Fiat, la musique devient aussi une expérience tactile. Des tapis bruissent sous les pas, les mains imitent la pluie pendant L'Hiver de Vivaldi, les bébés approchent les instruments au plus près. « Ces tapis permettent aussi de toucher, d'écouter. » Ici encore, la musique s'explore avec tout le corps. 

Il y a enfin le niveau d'exigence. Claudine Garçon refuse de simplifier. Elle emploie volontiers des mots « assez soutenus », explique leur sens, parle de silence, d'écoute mutuelle, de chef d'orchestre. « On parle du petit Orchestre national de l'atelier. » Les enfants doivent s'écouter, attendre, regarder, jouer ensemble. « Ils aiment qu'on soit exigeant, glisse-t-elle. Et à cet âge, tout est possible. »  

Pourquoi cette exigence ? Claudine Garçon raconte souvent la même histoire. Il y a dix-huit ans, elle testait Baba Yaga et Roméo et Juliette dans la classe de son fils, âgé alors de six ans. Aujourd’hui, lui et ses camarades se souviennent encore des thèmes du chef-d’œuvre de Prokofiev. « Ils se les sont tellement appropriés que c'est devenu leur musique. » Sans doute est-ce là la plus belle définition de ces ateliers : non pas apprendre la musique aux enfants, mais leur donner le sentiment qu'elle leur appartient déjà. 

Jérémie Rousseau 

Photo : Christophe Abramowitz

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Les ateliers musicaux