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Renaud et Gautier Capuçon, archets en miroir

Publié le ven 28/08/2026 - 15:30
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Renaud et Gautier Capuçon © Simon Fowler - Nikos Aliagas
Renaud et Gautier Capuçon © Simon Fowler - Nikos Aliagas
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Virtuoses et médiatiques, Gautier et Renaud Capuçon marient l’exigence à une ferveur qui a conquis bien au-delà du cercle des mélomanes. Portrait croisé de deux frères que tout aimante, unis par une complicité musicale sans faille.

Il y a désormais deux hommes de cire à l’effigie des Capuçon. Renaud, l’aîné, avait ouvert la voie il y a quelques années déjà. Au printemps, c’est Gautier qui faisait son entrée sous les ors du musée Grévin. Le symbole est puissant pour ces deux Savoyards qui, sans jamais renier l’aristocratie de leur art, ont fait descendre la musique classique dans l’arène familière des icônes populaires.

L’histoire commence à Chambéry, dans une famille sans attaches mélomanes. Un voisin dépose un jour un disque d’Isaac Stern. L’aîné, âgé de quatre ans, est foudroyé : il veut un violon. On lui en trouve un, et il s’y attelle avec une obstination qui surprend déjà. Le petit frère, de cinq ans son cadet, choisit le violoncelle comme on épouse un tempérament : l’instrument qui enlace, la voix grave qui soutient le chant aigu du violon.

Très vite, le conservatoire de Chambéry repère les deux phénomènes. Renaud, perfectionniste, solaire, ambitieux, et déterminé à se donner les moyens de réussir, monte à Paris à quatorze ans, intègre le Conservatoire national supérieur de musique dans la classe de Gérard Poulet, puis part se frotter à l’école allemande chez Thomas Brandis, à Berlin. De 1998 à 2000, Claudio Abbado le choisit comme Konzertmeister de l’Orchestre des Jeunes Gustav Mahler, ce qui lui permet de parfaire son éducation musicale auprès de Seiji Ozawa, Daniel Barenboim et Franz Welser-Möst.

Gautier suit un chemin parallèle : CNSMD de Paris chez Philippe Muller, puis Vienne, où il entre dans l’orbite du grand Heinrich Schiff, qui lui transmet une conception presque charnelle du son. Il parfait son expérience au sein de l’Orchestre des Jeunes de la Communauté européenne avec Bernard Haitink, puis de l’Orchestre des Jeunes Gustav Mahler avec Daniele Gatti, Pierre Boulez et Claudio Abbado.

Les deux frères partagent les mêmes phares : Isaac Stern, qu’ils écoutent en boucle et que Renaud rencontrera, bouleversé, à l’adolescence ; Mstislav Rostropovitch, dont la stature héroïque aimante Gautier.

Leurs débuts professionnels sont précoces. Gautier remporte en 1999 le Concours André Navarra à Toulouse. La décennie suivante les voit s’imposer comme chambristes, mais aussi comme deux solistes que les plus grands orchestres s’arrachent. Leurs tempéraments, pourtant, diffèrent. Renaud, au violon, possède un son lyrique, ourlé d’une élégance racée, qu’il déploie dans Brahms, Beethoven, la musique française, de Fauré à Ravel. Gautier, au violoncelle, cherche la profondeur tellurique, la vibration longue ; Dvořák, Elgar, Chostakovitch sont ses terres de prédilection.

Il serait réducteur de les enfermer dans le seul panthéon romantique. L’un et l’autre ont noué des liens étroits avec les compositeurs vivants. Renaud a notamment créé en 2013 « Aufgang », le concerto pour violon que Pascal Dusapin écrivit à son intention.

Gautier défend régulièrement les partitions de Michael Jarrell, Thierry Escaich ou Éric Tanguy.

Leur carrière internationale s’est construite sur ce double élan, entre fidélité à la tradition et curiosité. Ils ont partagé l’affiche avec Martha Argerich, Yuja Wang, Nicholas Angelich – des amitiés artistiques profondes, souvent scellées par le disque. Mais leur popularité a franchi les frontières des seuls auditoires philharmoniques. La télévision et leur participation régulière à l’émission Prodiges ont fait d’eux des visages familiers. De fait, ils sont devenus, pour une large partie du public français, le visage même de la musique classique.

Gautier a lancé en 2021 sa propre fondation, qui délivre des bourses, prête des instruments et organise des master-classes à destination des violoncellistes en devenir. Il a aussi créé le festival itinérant Un été en France, qui promène de jeunes talents sur les places publiques, dans les zones rurales et les quartiers populaires. Renaud, de son côté, préside les Sommets Musicaux de Gstaad et dirige le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Il a également piloté les Rencontres Musicales d’Évian.

La complicité artistique des deux frères sera célébrée cet automne avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction de Jaap van Zweden, son nouveau directeur musical. Le 11 septembre, Renaud interprétera la Sonate pour violon de Ravel dans l’orchestration de Yann Maresz. Le 4 novembre, Gautier s’emparera du Concerto pour violoncelle de Dvořák, cette épopée intime du compositeur tchèque. Puis, le 14 novembre, ils se retrouveront pour le Double concerto de Brahms, ultime dialogue amoureux entre le violon et le violoncelle. Trois soirées qui dessinent une géographie sentimentale où chacun donne le meilleur de lui-même avant de fondre son archet dans celui de l’autre.

Alors, l’entrée de Gautier au musée Grévin prend un relief singulier. Deux statues de cire, comme deux notes tenues au-delà du silence. Gautier et Renaud Capuçon ne sont pas seulement des instrumentistes célèbres : ils incarnent une certaine idée de la musique, une conversation ininterrompue entre deux voix qui, jaillies du même terreau, continuent de résonner bien au-delà de leur Savoie natale.

Bertrand Boissard

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