L’alto, un instrument maudit ?

Mercredi 1 décembre 2021
L’alto, un instrument maudit ? | Maison de la Radio et de la Musique
Le 4 février prochain, Antoine Tamestit se promènera en compagnie de John Eliot Gardiner sous le masque de l’alto. La symphonie Harold en Italie nous donne l’occasion de comprendre d’où viennent les clichés qui ont longtemps empoisonné la vie de ce noble instrument.
 
Cliché n° 1 : l’alto est le sujet central des blagues d’orchestre
 
Comment éviter de se faire voler son violon ? En le rangeant dans un étui d’alto. Les blagues sur les altos sont légions. Mais il est faux de considérer que cet instrument est l’unique cible des blagues de musiciens. Tous les instruments ont droit à leurs boutades, les solistes également, et même le chef d’orchestre ! Un exemple ? Un chef arrête la répétition et demande : « Moins fort le deuxième trombone ! – Il n’est pas là, lui répond le premier trombone. – Bon, vous le lui direz quand il reviendra », réplique le chef d’orchestre. Et paf !
 
Cliché n° 2 : lalto est une extension du violon
 
Comme la contrebasse vis-à-vis du violoncelle, on présente parfois l’alto comme un violon « en plus gros ». L’alto est en effet plus volumineux, et son registre est plus grave que celui du violon d’une quinte en-dessous. En revanche, cette phrase, anodine en l’apparence, pourrait nous conduire à penser que l’alto est né « d’après » le violon, qu’il serait une extension de celui-ci. Pourtant, les premiers altos et violons apparaissent à peu près en même temps, probablement au début du XVIe siècle, en Lombardie. De plus, si l’on considère que les instruments doublaient ou remplaçaient souvent des parties chantées à l’époque, dans ce cas c’est l’alto qui hérite du premier rôle. En effet, le registre de l’alto correspond à la voix de ténor (ou teneur), c’est à dire à la ligne structurante, la colonne vertébrale des chants polyphoniques de la Renaissance. Ce n’est qu’au début du XVIIe siècle que les instruments aigus comme le violon prennent un rôle mélodique plus important et qu’ils recalent les instruments graves et harmoniques au rôle d’accompagnateur de la basse continue. Par la suite, il faudra attendre des génies de l’orchestration comme Brahms pour que l’alto cesse de doubler les autres instruments et qu’il bénéficie de traits d’orchestres singuliers et indépendants.
 
Cliché n° 3 : Les altistes sont des violonistes ratés
 
Il suffit d’écouter les altistes William Primrose, Tabea Zimmermann, Nobuko Imai, Gérard Caussé, Antoine Tamestit, Yuri Bashmet, Serge Collot, Bruno Pasquier, Pierre Lénert, Wolfram Christ… pour se rendre compte que ce cliché est évidemment faux. L’origine de cette idée reçue vient probablement du fait que les classes d’altos ont ouvert bien plus tardivement que celle des violons dans les académies et les conservatoires. En attendant, les altistes étaient très souvent recrutés parmi des violonistes de formation. Comme les parties d’altos étaient rarement mélodiques et souvent moins virtuoses que celle des violons, on considérait les altistes moins bons musiciens que les violonistes, ce qui reste encore à prouver.
 
Cliché n° 4 : l’alto n’a pas de répertoire 
 
Il est vrai que le répertoire pour alto solo n’est pas aussi fourni que celui pour violon. Pourtant, ce n’est pas un mais deux altos qui jouent les premiers rôles dans le final du Concerto brandebourgeois n°6 (1721) de Bach. Toujours au XVIIIe siècle, il ne faut pas oublier la Symphonie concertante pour violon et alto (1770) de Mozart ou les musiciens de l’École de Mannheim comme Carl Stamitz, qui a offert un des chevaux de bataille des concours d’alto : son Concerto en ut majeur (1774). L’alto peut aussi représenter un héros romantique comme dans la symphonie Harold en Italie (1834) de Berlioz. On trouve de très beaux passages d’alto solo dans des partitions lyriques telles que La Damnation de Faust (1846) du même Berlioz (la « Ballade du roi de Thulé ») ou encore dans le Freischütz (1821) de Weber (l’air inquiet d’Ännchen).

En musique de chambre, on pourrait aussi citer les rchenerzählungen (1853) de Schumann, les deux Sonates op. 120 (1894) de Brahms, la Sonate pour flûte, alto et harpe (1915) de Debussy sans oublier celles de Paul Hindemith ou de Rebbeca Clarke, deux altistes qui ont beaucoup écrit pour leur instrument.
Du côté concertant, on peut également mentionner les concertos de Bartók, de Takemitsu, ainsi que La Nuit des chants (2018) de Thierry Escaich. L’alto est un instrument qu’Escaich affectionne particulièrement : « Adolescent, je me disais que mon premier concerto serait pour l’alto. C’est un instrument important qui a une place très importante dans toutes mes œuvres et qui, malgré certaines idées reçues, est tout à fait capable de prendre la parole en soliste face à l’orchestre. Ce n’est pas parce que son timbre est plutôt mat et qu’il évolue dans le registre médium qu’il disparaît. »

L’alto, le moyen de locomotion idéal pour se rendre en Italie ?
 
Max Dozolme

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Berlioz / Elgar, John Eliot Gardiner | Maison de la Radio et de la Musique

Berlioz / Elgar, John Eliot Gardiner

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John Eliot Gardiner direction / Antoine Tamestit alto
Sir John Eliot Gardiner fait partie de ces chefs anglais qui ont saisi toute la fantaisie comprise dans la musique de Berlioz
Vendredi04Février202220h00 Maison de la Radio et de la Musique - Auditorium
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