Titre block
Bienvenue, Jaap !

Publié le mer 23/09/2026 - 15:00
Image
Jaap van Zweden - Photo : Christophe Abramowitz
Jaap van Zweden - Photo : Christophe Abramowitz
Body

Jaap van Zweden endosse cette saison son rôle de directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Successeur de Mikko Franck, le chef néerlandais de 65 ans, anciennement premier violon du Concertgebouw d’Amsterdam, directeur musical du New York Philharmonic et de l’Orchestre philharmonique de Hong Kong, retrouve son ancrage européen après dix-huit ans passés outre-Atlantique. 

Veste à col montant intégralement boutonnée, Jaap van Zweden tient la baguette haute. Son poignet dessine des figures nettes, anguleuses, précises. Aucune emphase dans ses gestes ni dans son attitude – il fixe avec intensité les instrumentistes, pupitre après pupitre. Le chef néerlandais se dresse tel un magicien en plein exercice ; de ses incantations s’élèvent les premières notes de la symphonie « Titan » de Mahler. Nous sommes le 17 novembre 2023, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France se produisent pour la première fois aux côtés de celui qui s’apprête à sceller son destin aux leurs. 

À soixante-trois ans, Jaap van Zweden s’est arrêté à Paris entre ses voyages entre Philadelphie, Vienne, Rotterdam, Los Angeles, New York, Cleveland, Rome, Londres, Israël... Une carrière fulgurante, entamée sur le tard. Ce violoniste de formation naît le 12 décembre 1960, il grandit à Amsterdam entre le salon de coiffure maternel et le piano de son père, professeur de musique. À huit ans, on le retrouve, archet à la main, sur la scène du Concertgebouw – quelques saisons plus tard, sa victoire à un concours national lui permet de rejoindre la Juilliard School de New York. Il n’a que seize ans. Ce passage Outre-Atlantique est écourté par un rappel au pays. Jaap van Zweden est nommé premier violon du Concertgebouw à 19 ans – le plus jeune de l’histoire de l’institution. La mythique boîte à chaussures néerlandaise devient « le centre névralgique de (sa) vie musicale », un étalon pour aller chercher, où qu’il soit, le « son d’or » qu’il valorise par-dessus tout. Nikolaus Harnoncourt, Bernard Haitink, Kirill Kondrachine, Georg Solti, Carlo Maria Giulini lui apprennent le métier ; Leonard Bernstein lui en suggère un autre, lors d’une répétition de la « Titan » dans une salle berlinoise récemment rénovée. « Pouvez-vous prendre la répétition en charge à ma place ? », demande le maestro qui souhaite s’éloigner des musiciens pour étudier l’acoustique. « La direction d’orchestre m’a pris à la gorge et je n’ai pas pu résister », confie l’ancien premier violon à CBS News. Jaap van Zweden ferme la boîte de son instrument et ne la rouvrira plus. 

En 2005, le chef prend la direction musicale de l'Orchestre philharmonique de la radio néerlandaise, puis traverse à nouveau l’Atlantique et rejoint le Dallas Symphony Orchestra en 2008. Dix ans plus tard, Jaap van Zweden est nommé directeur musical du New York Philharmonic, qui avait accueilli Bernstein dans ces mêmes fonctions soixante ans plus tôt, après Mahler, Toscanini, Walter… « Les New-Yorkais jouent de manière plus directe et plus intense que les Amstellodamois », souligne le musicien, dont la discipline est le seul gage de confort au moment du concert : « J’ai toujours trois, quatre voire cinq concerts d’avance dans ma tête. En journée, je répète une œuvre, et après le dîner, je continue à la maison avec une autre partition. La variété des programmes fait de chaque concert une première fois. » 

Beethoven, Brahms, Mahler et les opéras de Wagner constituent son répertoire de chevet. Au micro de Jean-Baptiste Urbain, le chef aborde son rapport intime à Bruckner : « Il n’évoque pas seulement ses hauts et ses bas émotionnels, mais parle de beauté, de lumière éternelle. » La création musicale est centrale dans son travail : « Nous vivons un âge d’or de la composition classique. Il y a tellement de grands compositeurs qui écrivent une musique incroyable. Si nous ne la jouons pas, la musique classique mourra », insiste-t-il auprès du média Niusic. La complicité musicale et amicale avec Steve Reich, Julia Wolfe et David Lang compte parmi les nombreuses joies de ses années américaines, fortement marquées en 2020 par la crise du Covid. « Je me suis rendu compte que j’avais besoin de passer plus de temps avec ma femme, mes quatre enfants et mes petits-enfants. J’ai décidé à ce moment-là de rentrer en Europe, tôt ou tard », poursuit-il dans son entretien à la Matinale de France Musique. 

L’histoire d’amour avec Aaltje a commencé dans une boîte de nuit d’Amsterdam il y a plus de quarante ans : « j’ai su au bout de cinq minutes que j’allais l’épouser. » Leur troisième enfant, Benjamin, souffre d’un autisme sévère, le couple s’investit corps et âme pour l’aider à s’épanouir. La musique devient leur meilleur allié ; riches de leur expérience, ils créent ensemble la Fondation Papageno pour accompagner les enfants handicapés. 

Une sensibilité qui s’exprimera dès sa prise de fonction auprès de l’Orchestre philharmonique de Radio France dans le cadre des actions caritatives de la formation, ambassadeur de l’UNICEF. Des retrouvailles attendues, après quatre semaines de présence à Paris et en tournée lors de la saison 2025-2026, en tant que directeur musical désigné. « En rentrant de ma semaine passée à Paris en 2023, j’ai eu l’impression d’avoir ramené les musiciens avec moi. Rapidement le lien m’a manqué. J’avais déjà vécu cette situation en rencontrant mon épouse », s’amuse le chef à l’antenne de France Musique. « Sa couleur musicale d’orchestre européen parle à mon héritage, celle du Concertgebouw d’Amsterdam », précise cet amoureux de Rembrandt et de Van Gogh. 

Mélanger la musique ancienne, les grands compositeurs, la musique contemporaine et présenter de nouveaux compositeurs français pour entretenir les qualités de « caméléon » de l’orchestre, voilà le projet artistique du successeur de Mikko Franck à la tête de la formation maison. 

On le retrouvera dès le 11 septembre à l’Auditorium de Radio France, avec la Sonate pour violon de Ravel dans l’orchestration de Yan Maresz, interprétée par Renaud Capuçon, la création française de To See the Sky de l’Américain Joel Thomson et la Symphonie n° 5 de Chostakovitch. Berlioz, Brahms, Pärt, Poulenc, Beethoven mais aussi Bach avec la Passion selon saint Matthieu ou la Symphonie n° 2 « Résurrection » de Mahler ponctueront une saison riche de diversité. 

Aude Giger 

 

Jaap van Zweden - Photo : Christophe Abramowitz

Titre
Jaap van Zweden

Sous-titre
Directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de Radio France