Le jazz, un art de la haute fidélité
Art de création depuis plus d’un siècle, le jazz est aussi une musique de patrimoine. Née de la rencontre entre les cultures européenne et africaine sur un continent tiers, l’expression musicale des Afro-Américains s’est constitué à grande vitesse un fonds d’une stupéfiante richesse, tout en écrivant les nouveaux chapitres de son histoire. Loin d’abandonner en chemin ses trésors enfouis, le jazz a toujours su cultiver le sens de la fidélité. Au Studio 104, au cours de cette nouvelle saison, on voit ainsi Raphaël Imbert et James Carter célébrer sans nostalgie le centenaire de la naissance de John Coltrane. Issus de trois générations différentes, le contrebassiste Henri Texier, le trompettiste Paolo Fresu et le saxophoniste Emile Parisien s’y présentent chacun à la tête de leur formation fétiche – comme un retour à l’essentiel. Le goût de la constance s’affiche aussi dans les affinités électives qui lient les deux parties d’une même soirée – le trio de la clarinettiste Catherine Delaunay en ouverture de l’Orchestre National de Jazz de Sylvaine Hélary, ou le groupe du saxophoniste Pierre Carbonneaux faisant la haie d’honneur à ses anciens camarades du Conservatoire réunis autour du pianiste Pierre de Bethmann. L’art du jazz, c’est aussi un vibrant plaidoyer pour les belles rencontres, transatlantiques comme dans le quartette Nowhere Out ou le trio de Sophia Domancich, ou européennes – le quartette de Stéphane Guillaume, au tropisme joyeusement méditerranéen. L’amour du jazz, c’est encore la promesse d’une aube nouvelle, comme la dessine le quartette du batteur Fabrice Moreau. La saison réserve enfin son lot de surprises, comme cette création attendue du contrebassiste Diego Imbert, ou la venue à Paris du rarissime sextette all stars de la guitariste Mary Halvorson. Une fois encore, le jazz au Studio 104 témoigne de multiples attachements, autant qu’il crée l’événement. Pour le plus grand plaisir du public, lui aussi adepte d’une conception élevée de la haute fidélité.