Berlioz, les nuits, l'été

Mercredi 7 septembre 2016
Berlioz, les nuits, l'été | Maison de la Radio et de la Musique
Anne-Sofie von Otter interprètera Les Nuits d’été de Berlioz, le 29 septembre, au Théâtre des Champs-Élysées, sous la direction de Fabien Gabel.

C’EST DANS LE RECUEIL La Comédie de la mort (1838) de son ami Théophile Gautier, que Berlioz choisit les textes de ses six Nuits d’été. Les six mélodies furent composées vers 1840-1841 pour ténor et mezzo-soprano et piano, mais on imagine parfois que le compositeur a pu lire sur manuscrit certains des poèmes dès 1834. Il ne fait cependant aucune illusion à son œuvre avant 1842, année où il la cite dans un catalogue envoyé à l’Académie des beaux-arts, soit un an après sa première édition chez Catelin. La publication en recueil semble d’ailleurs avoir été choisie par commodité : Berlioz n’entendit jamais Les Nuits d’été dans leur continuité au cours d’une seule soirée.
 
En 1843, Berlioz orchestra la quatrième mélodie, Absence, à l’intention de la chanteuse Marie Recio qui l’accompagnait depuis deux ans dans ses voyages et dans sa vie. Cette pièce, avec sa plainte déclamatoire et son refrain lancinant, connut un succès foudroyant, qui n’encouragea toutefois pas le compositeur à instrumenter les cinq autres avant 1855. Il fallut attendre en effet la commande de l’éditeur suisse Rieter-Biedermann pour que Berlioz parachève son travail en 1856.
 
Dans leur nouvelle version, Les Nuits d’été prennent une ampleur nouvelle comme si l’orchestre était déjà contenu, à l’état latent, dans la version avec piano, laquelle ne serait ainsi qu’une réduction, faite a priori, de la seule version qui vaille : celle avec orchestre. La beauté plastique de chaque dessin mélodique y est magnifiée par le raffinement des couleurs instrumentales et l’enchantement des atmosphères : rêve ensommeillé puis exalté dans Le Spectre de la rose, amertume dans Sur les lagunes, poésie des tombeaux dans Au cimetière, ironie désenchantée dans L’Île inconnue... Ainsi habitées et non pas seulement habillées par l’orchestre (qui est chez Berlioz une substance et non pas une parure), les six mélodies furent dédiées à six interprètes allemands. Le compositeur en effet a prévu que Les Nuits d’été soient interprétées par plusieurs voix différentes, même si l’usage, aujourd’hui, veut qu’une seule voix, la plupart du temps, s’empare de l’ensemble du cycle, quitte à transposer une ou plusieurs des mélodies.
 
Humeurs noires et mélancolies
 
Fidèle à lui-même, Berlioz a imaginé là un recueil d’une extrême variété : la Villanelle fait paisiblement alterner les strophes ; Le Spectre de la rose suggère un rythme de valse et fait se gorger de sensualité la mélodie comme le fera la romance de Marguerite dans La Damnation de Faust ; Sur les lagunes est une barcarolle funèbre à laquelle répond la barcarolle fantasque de L’Île inconnue, etc. Avec leurs visions (Le Spectre de la rose, Au cimetière), leurs paysages (L’Île inconnue), leur nostalgie d’une idylle impossible avec la nature (Villanelle), leurs humeurs noires (Sur les lagunes, Absence), Les Nuits d’été concentrent à elles seules toutes les mélancolies et se donnent comme la charte du lyrisme romantique.
 
Le titre même de l’ouvrage reste une énigme. Hommage au Songe d’une nuit d’été du bien-aimé Shakespeare ? Réminiscence des Nuits d’été à Pausilippe de Donizetti ? Mais Les Nuits d’été, plus simplement, c’est aussi les nuits de l’été, celles d’un impossible amour, la fuite dans le voyage et le rêve qui, seuls, peuvent garder d’un désespoir définitif. Et, si l’on y tient, le constat douloureux fait par Berlioz de la fin de son amour pour Harriet Smithson, que Marie Recio ne remplacera jamais dans son cœur ni dans son imagination.
 
Christian Wasselin
 
Le concert du 29 septembre sera diffusé en direct sur France Musique.
 
 

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