Héloïse Werner : Toucher par la voix

Mercredi 23 novembre 2022
Héloïse Werner : Toucher par la voix | Maison de la Radio et de la Musique
Pas surprenant que la voix soit au cœur de sa musique. Cette jeune trentenaire installée à Londres fut chanteuse avant d’être compositrice. Close-Ups sera donné en création mondiale au festival Présences.

Héloïse Werner, vous êtes violoncelliste de formation, mais la voix semble être véritablement l’épicentre de votre univers créatif…

J’ai commencé très jeune par le violoncelle, aux environs de 3 ou 4 ans. Toutefois en parallèle, j’ai tout de suite commencé à chanter. J’ai rejoins la Maîtrise de Radio France à l’âge de 12 ans, et me suis ensuite beaucoup consacrée à la voix, jusqu’à l’université. Aujourd’hui, j’utilise plutôt le violoncelle comme support pour composer ou improviser.

Quels souvenirs gardez-vous de cette période à la Maîtrise de Radio France ?
J’ai été élève à la Maîtrise pendant 5 ans, durant lesquels je me suis construit de très beaux souvenirs. Après cela, je suis partie m’installer en Angleterre, où je vis actuellement. Aussi, revenir à Radio France deux fois au cours de la saison représente beaucoup pour moi. Je garde de cette période d’études à la Maîtrise de merveilleux souvenirs, musicaux et humains, tant avec les autres élèves chanteurs qu’avec Tony Ramon, le directeur musical de l’époque. La Maîtrise m’a également fait découvrir la musique contemporaine, au travers de belles et nombreuses créations.

Lesquelles par exemple ?
Des oeuvres très diverses ! D’un opéra jazz de Thierry Lalo, très enthousiasmant, à des pages d’Edith Canat-de-Chizy, Thierry Machuel ou Isabelle Aboulker. D’ailleurs, notre cursus de maîtrisiens comprenait des cours de composition avec Julien Joubert ; c’est dans ce cadre que j’ai fait mes premiers essais d’écriture.

Qu’est-ce que cela change pour vous d’être, le plus souvent, l’interprète de votre musique ?
C’est très libérateur. Il n’y que moi qui ai en tête l’idée précise de ce que je souhaite entendre, c’est une sensation très agréable. C’est d’autant plus pratique que j’insère souvent dans mes oeuvres de courts éléments improvisés, qui dépendent de mon humeur, de la salle, du public. Ce sont des petits éléments que j’adapte selon les circonstances du concert.

L’improvisation est-elle une notion importante pour vous ?
Oui. D’ailleurs il y aura quelques éléments improvisés dans Close-Ups, créé au Festival Présences. Ce sera une oeuvre très théâtrale, humoristique, se prêtant bien à l’aspect ludique de l’improvisation, et décrivant quatre personnages, tantôt snobs, tantôt râleurs… J’espère que cela sera amusant !

Dans vos compositions, vous utilisez la voix comme un véritable instrument, avec des onomatopées à foison, mélange entre György Ligeti, Georges Aperghis et Meredith Monk. Ces trois noms sont-ils des inspirations spécifiques pour vous ?
Absolument, et c’est un bon résumé de ma musique ! J’aime énormément l’aspect théâtral de la musique d’Aperghis, qui est même parfois chantée par de vrais acteurs… et avec laquelle je me suis familiarisée à la Maîtrise. J’ai découvert Meredith Monk plus tard, à l’Université ; j’ai chanté plusieurs de ses pièces, notamment sa mythique Double Fiesta. La musique de Ligeti m’inspire également beaucoup, par la liberté et la beauté de ses notations « écrites/non-écrites », qui utilisent flèches et autres symboles…

Meredith Monk est une artiste totale, à la recherche d’une forme artistique entre chant, danse et performance. Est-ce cette posture qui vous intéresse, vous qui jouez du violoncelle en chantant votre propre musique ?
Monk est aussi chorégraphe, metteuse en scène… Je ne me définirai pas ainsi, mais je considère que le chant, la composition, le jeu, l’usage du violoncelle, l’exploration d’autres styles comme le jazz et la folk créent un tout uni.

Il y a un lien fort avec l’univers anglo-saxon dans votre musique et dans celle que vous défendez.
Etant installée à Londres depuis dix ans maintenant, je me rends compte à quel point la scène de la musique contemporaine britannique est dynamique et variée. J’ai ici un ensemble de musique contemporaine avec lequel nous jouons des compositeurs et compositrices de tous horizons. En Angleterre, il est plus facile qu’en France de créer des ensembles et de la musique.

On remarque comme des « objets trouvés » dans vos compositions. Dans Coronasolfège, on entend autant des harmonies très tonales, des gestes avant-gardistes, des patterns à la Steve Reich… Etes-vous « post-moderne » ?
En vérité, j’essaie de ne pas trop me situer dans le paysage musical. J’écris avant tout la musique que j’ai envie d’écrire. Coronasolfège a parfois des aspects assez « avant-garde », mais dans ma pièce Phrases, l’ambiance est beaucoup plus folk. C’est vraiment variable, et très large. Je suis plus fan de polyrythmie et de rythmes complexes que de Steve Reich par exemple ! Mon idée est surtout de toucher le public de la manière la plus directe possible, et avant tout avec ma voix.

Quelle est la place du langage dans votre musique ?
Le langage est une question qui m’intéresse, étant installée au Royaume-Uni depuis dix ans, et m’éloignant un peu de la langue française. Le langage « abstrait » de la voix a été salutaire pour moi, au sens où l’expression chantée m’a permis de faire plus facilement le lien entre les deux langues, français et anglais. J’aime aussi reconstituer d’autres formes de langages, comme dans ma pièce Mixed Phrases qui assemble des vers de Rimbaud dans un sens différent.

Mixed Phrases est une oeuvre pour soprano et alto, Close-Ups sera pour soprano, et vous avez aussi composé pour soprano et basson : vous aimez ces duos pour voix et instrument mélodique !
En effet ! Le répertoire du duo vocal, avec d’autres instruments que le piano, pourrait être encore plus riche. Si l’alto ou le violon peuvent réaliser des sons harmoniques par définition impossibles au piano, j'aime aussi que l’instrument avec lequel je chante soit juste à côté de moi. « A égalité » en quelques sorte.

Propos recueillis par Thomas Vergracht

Ecouter Héloïse Werner

Festival Présences 2023 #6

Festival Présences 2023 #6 | Maison de la Radio et de la Musique
Musique contemporaine

Orchestre National de France

François-Xavier Roth direction
Alexandre Tharaud piano
Concert #6 du festival Présences 2023
Samedi11Février202319h00 Maison de la Radio et de la Musique - Auditorium

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