Josephine Stephenson : Chemins de traverse

Jeudi 1 Février 2024
Josephine Stephenson : Chemins de traverse | Maison de la Radio et de la Musique
De la musique savante aux musiques actuelles, de la composition à l’interprétation, de la France au Royaume-Uni, elle est une artiste inclassable qui se plaît à brouiller les pistes. Retour à Radio France pour cette ancienne voix de la Maîtrise.

C’est d’abord dans ses origines que s’ancre ce besoin de traverser les frontières, de vivre entre deux mondes. Née d’une mère française et d’un père anglais, Josephine Stephenson
passe son enfance dans l’Oise, puis son adolescence à Paris, où elle intègre à quinze ans la Maîtrise de Radio France. Une fois son baccalauréat en poche, elle décide alors de partir faire ses études en Grande-Bretagne : « j’avais envie depuis longtemps d’aller vivre là-bas, je préférais l’éducation musicale anglaise où l’on déchiffre beaucoup, à l’approche française axée sur la technique ». Elle intègre alors l’université de Cambridge en musicologie ; c’est là qu’elle pourra s’épanouir et composer ses premières œuvres pour le chœur du college, tout en jouant dans un groupe de folk. Elle décide ensuite de suivre, à Bristol, un cursus de musique à l’image, avant d’intégrer le Royal College of Music à Londres pour son master. En fin de compte, elle vivra une quinzaine d’années de l’autre côté de la Manche, tout en gardant un pied en France pour certains projets musicaux – notamment avec la compagnie de théâtre L’Éventuel Hérisson Bleu, qui montera son premier opéra.
 
Lorsqu’on l’interroge sur ses influences musicales, Josephine Stephenson cite des noms aussi variés que Ligeti, Lutosławski, Britten ou encore Feldman. C’est avant tout leur langage harmonique qui la touche et nourrit sa propre œuvre. Ses professeurs, ses maîtres ? Toni Ramon, en premier lieu, chef de chœur de la Maîtrise de Radio France, de 1998 à 2007, « pour sa manière d’aborder les nouvelles œuvres et de faire réfléchir, pour son investissement tant dans des musiques complexes que dans la musique d’aujourd’hui ». Et puis ses professeurs à Cambridge et à Londres : Giles Swayne, qui l’a initiée le premier à la composition, et Kenneth Hesketh, qui l’a aidée à affiner sa technique. Il y a aussi les figures féminines qui l’inspirent, celles qui l’ont aidée à forger son propre chemin : Kaija Saariaho chez nous, Caroline Shaw aux États-Unis.
 
Son propre chemin passe par la diversification des activités – une rareté dans un milieu musical souvent hyperspécialisé. Elle continue en effet à mener de front une carrière de compositrice et d’interprète. Et comme si cela ne suffisait pas, Josephine Stephenson est multi-instrumentiste et se produit aussi bien en qualité de violoncelliste, de pianiste ou de chanteuse ! « Les deux pratiques se nourrissent beaucoup. Quand je passe trop de temps à la table de travail, j’ai envie d’aller jouer, d’aller chanter… Et inversement, en tant qu’interprète, j’ai toujours une conscience analytique des musiques que je joue. » Si elle a séparé les deux pratiques dans sa vie professionnelle pendant des années, elle tend aujourd’hui à les réconcilier. En janvier, elle a ainsi créé, à Tokyo, Kaguya, une œuvre pour voix, quatuor à cordes et koto, sur une chorégraphie de Kaiji Moriyama, l’artisan de la cérémonie des Jeux Paralympiques de Tokyo : pour la première fois, c’était elle qui chantait sa propre musique.
 
Ce sont ses goûts éclectiques, enfin, qui font de Josephine Stephenson une artiste hors norme – au sens littéral du terme : elle se partage entre la composition de « musique contemporaine » (selon l’étiquette en vigueur) et de multiples collaborations avec des groupes de musiques actuelles. Elle a ainsi contribué à des albums de Radiohead, d’Arctic Monkeys et de Jon Hopkins. Mais ce qu’elle préfère, c’est écrire des arrangements. Elle a ainsi réécrit, pour ensemble à cordes, les chansons de Ex:Re, le projet solo d’Elena Tonra, la chanteuse de Daughter ; ce qui était, au départ, un simple concert est finalement devenu un album, sorti en 2021. Elle s’est aussi beaucoup investie dans le collectif berlinois s t a r g a z e, qui travaille à de semblables « crossovers » entre musique pop et musique classique. « Ce qui me plaît le plus, c’est de rencontrer des personnalités vraiment indépendantes, qui ne dépendent pas forcément des règles et des institutions », explique-t-elle. Avant de nuancer : « je ne pourrais pas passer tout mon temps à jouer avec de la pop, j’ai besoin de la rigueur et de la recherche absolue de perfection de la pratique classique ! » Tout est question d’équilibre, donc. En parallèle de ses compositions pour des ensembles contemporains, elle commence d’ailleurs à développer son propre projet pop, Juneson.
 
Deux de ses œuvres vont être créées au festival Présences. La première, pour grand ensemble, s’appuie sur un poème de May Sarton évoquant le sel, qui se dissout dans la mer mais se cristallise dans l’air. « Elle compare l’humanité à ce sel : c’est grâce au temps qu’on se cristallise, que notre essence devient plus claire. Je me concentre sur les contrastes entre liquide et solide, temps long et temps court. Cela me permet d’aborder à ma manière l’idée de musique répétitive, de voir comment on perçoit les choses différemment au cours du temps… J’en profite aussi pour utiliser des instruments qui suggèrent le cristal. » La deuxième œuvre, Rest(e), est un diptyque pour mezzo-soprano, piano et violoncelle, sur des textes de poétesses de la fin du XIXe siècle. C’est l’expérience du deuil qui est au cœur de cette pièce : la première partie concerne la personne qui s’en va (rest signifie « repos » en anglais) et la seconde partie les personnes qui restent.
 
Sarah Léon

Découvrir Josephine Stephenson

Festival Présences 2024 #1 | Maison de la Radio et de la Musique

Festival Présences 2024 #1

Musique contemporaine

Ensemble Intercontemporain
Synergy Vocals

George Jackson direction / Héloïse Werner soprano
Concert d'ouverture du Festival Présences 2024 
Mardi06Février202420h00 Maison de la Radio et de la Musique - Auditorium
Festival Présences 2024 #9 | Maison de la Radio et de la Musique

Festival Présences 2024 #9

Musique contemporaine

I Giardini

Caroline Shaw soprano
Festival Présences 2024 #9
Dimanche11Février202415h00 Maison de la Radio et de la Musique - Auditorium

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