L’Orchestre National invite Bernard Haitink

Mercredi 2 novembre 2016
L’Orchestre National invite Bernard Haitink | Maison de la Radio et de la Musique
Bernard Haitink vient diriger, le 17 novembre, la version intégrale de Daphnis et Chloé de Ravel.

1912 EST PEUT-ÊTRE L’ANNÉE la plus importante de la carrière de Ravel. Celle au cours de laquelle sont créés les ballets Ma mère l’Oye (le 28 janvier) et Adélaïde ou le Langage des fleurs d’après les Valses nobles et sentimentales (le 22 avril). Mais un troisième ballet de Ravel, d’une tout autre importance, voit le jour le 8 juin au Châtelet, où les Ballets russes sont de retour après une saison à l’Opéra. Son commanditaire : Diaghilev bien sûr, pour qui Stravinsky a déjà écrit L’Oiseau de feu et Petrouchka, deux partitions qui ont émoustillé Ravel, qui dès lors tient à montrer ce qu’il sait faire. Le titre de la nouvelle partition : Daphnis et Chloé. Au pupitre : Pierre Monteux. Les décors sont de Léon Bakst, la chorégraphie de Fokine (qui a également imaginé l’argument), Nijinski et la Karsavina tiennent les deux principaux rôles.
 
La commande de Diaghilev à Ravel remonte à 1909. Pour l’honorer, Ravel a pris son temps, conscient de la possibilité qui lui est donnée d’imaginer une partition majeure, tant par la durée (une heure environ) que par les moyens employés (un grand orchestre mais aussi un chœur qui chante, durant l’œuvre entière, sur une seule syllabe ou à bouche fermée). Il conçoit là une « symphonie chorégraphique en trois parties » mais d’un seul tenant, qui raconte, avec force épisodes évocateurs, séquences barbaresques et miroitements orchestraux, les amours contrariées de Daphnis et Chloé. « Mon intention en l’écrivant, dit Ravel, était de composer une vaste fresque musicale, moins soucieuse d’archaïsme que de fidélité à la Grèce de mes rêves, qui s’apparente assez volontiers à celle qu’ont imaginée et dépeinte les artistes français de la fin du XVIIIe siècle. L’œuvre est construite symphoniquement selon un plan tonal très rigoureux, au moyen d’un petit nombre de motifs dont les développements assurent l’homogénéité symphonique de l’ouvrage. »
 
Retards et désaccords
 
Ravel élabore une partition particulièrement raffinée sur le plan notamment des timbres et des rythmes, mais les difficultés et les mésaventures ne lui sont pas épargnées : un ensemble de fragments de la partition en devenir est donné le 2 avril 1911 aux Concerts Colonne, sous la direction de Gabriel Pierné et accueilli avec froideur ; Diaghilev, excédé par le retard pris par Ravel, est à plusieurs reprises sur le point d’annuler sa commande ; Fokine et Nijinski ne cessent d’étaler leurs désaccords. « Quant aux danseurs, raconte Michel Parouty, les difficultés de la partition les rebutaient, en particulier la mesure à 5/4 de la Danse générale finale, dont ils ne purent suivre le rythme exact qu’en répétant les cinq syllabes Ser/gei/Dia/ghi/lev. »
 
Daphnis ne connaît en 1912 que deux représentations, mais Stravinsky couvre Ravel d’éloges : il parle de la nouvelle partition comme de « l’une des plus belles œuvres de la musique française ». Ravel, en retour, ne manquera pas d’acclamer son nouvel ami, l’année suivante, lors de la tumultueuse première du Sacre au Théâtre des Champs-Élysées.
 
Les années prodigieuses
 
Daphnis et Chloé s’inscrit dans cette poignée d’années prodigieuses (1910-1913, pour aller vite) qui, des dernières partitions de Mahler aux ballets de Stravinsky, sans oublier la création des Gurrelieder et de Pierrot lunaire de Schoenberg, celle des Altenberg-Lieder de Berg ou encore Jeux de Debussy, pour ne citer que quelques jalons, ont offert à la musique européenne quelques-unes de ses pages les plus éclatantes. Mais Daphnis est aussi un sommet dans l’œuvre de Ravel qui, certes stimulé par le bouillonnement qu’il sentait autour de lui, n’en a pas moins composé une partition qui magnifie toutes ses qualités propres : amour de la danse, sentiment de la nostalgie, ironie proche du pastiche, ampleur mélodique, transparence extrême de l’orchestre, malgré le grand nombre d’instruments convoqués ou plutôt grâce à lui, qui permet tous les éclairages possibles.
 
Précisons que les deux Suites de Daphnis et Chloé, souvent jouées séparément au concert, ne sont pas des collections de pièces à la manière des suites des ballets de Tchaïkovski par exemple, Daphnis étant conçu au contraire d’un seul tenant ; ce sont des pans entiers de la partition. Rien ne remplace cependant l’audition du ballet intégral, sa narration stylisée, son chœur hiératique, son épanouissement sonore.
 
Christian Wasselin
 
Le concert du 17 novembre sera diffusé ultérieurement par France Musique.
 

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