Lucile Dollat : Faire mentir Cassandre

Mercredi 29 juin 2022
Lucile Dollat : Faire mentir Cassandre | Maison de la Radio et de la Musique
Nouvelle organiste en résidence à Radio France, Lucile Dollat prend la suite de Thomas Ospital et Karol Mossakowski.
 
Lucile Dollat, racontez-nous votre première rencontre avec le roi des instruments…
Elle a eu lieu pendant des vacances en Italie. J’avais quatre ans. L’orgue partageait la vedette avec d’autres instruments, et je me suis sentie littéralement envoûtée. C’était de l’ordre des couleurs, de la sensation et des contrastes. Comme j’étais très turbulente, ma mère n’était pas favorable à ce que j’assiste à ce concert. Mais au lieu de trépigner sur ma chaise, je me suis laissé happer par l’incroyable source sonore de cet orgue Serassi du début du XIXe siècle, avec sa batterie de percussions. Le programme proposait des parodies d’opéras plutôt légers : c’était parfait pour commencer !
 
Quand avez-vous formulé le désir de devenir organiste ? Était-ce en entrant au conservatoire d’Aubervilliers ?
Parallèlement au collège, je fréquentais la classe de piano du conservatoire de Romainville, mais je ne songeais pas à en faire mon métier. Très vite, nous avons trouvé la classe d’orgue d’Anne-Gaëlle Chanon à Aubervilliers : c’était musique matin, midi et soir ! Dans le cursus à horaires aménagés, je m’épanouissais l’après-midi aux cours de solfège, de piano et d’orgue, alors que je m’ennuyais fermement dans les matières générales. Petit à petit le projet a germé, et j’ai suivi un cursus musical au lycée Brassens, à Paris. Immédiatement avant le baccalauréat, il est apparu que je désirais devenir interprète. Je suis donc entrée au Conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés, ce qui a coïncidé avec la rencontre d’Éric Lebrun, avec qui je suivais des cours de répertoire et d’accompagnement, et Pierre Pincemaille, deux professeurs déterminants avec lesquels j’ai passé deux années merveilleuses. J’allais les voir au concert, j’allais écouter Pierre Pincemaille à sa tribune de la basilique de Saint-Denis.
 
Comment s’est effectuée votre découverte du répertoire inépuisable de l’orgue ? Quels organistes ont été des guides pour vous ?
À Aubervilliers, j’ai été marquée par un concert d’Anne-Gaëlle Chanon qui jouait un merveilleux orgue classique français. Ma découverte des différentes esthétiques s’est faite peu à peu, notamment avec Pierre Pincemaille qui m’a montré les réalités du métier. En réalité, je suis d’abord tombée amoureuse de l’instrument, et plus tard de son répertoire, notamment quand Éric Lebrun m’a donné des clefs d’analyse pour l’apprécier. La variété des instruments, je pense l’orgue Cavaillé-Coll de Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts, à la basilique de Saint-Denis, aux ébouriffantes sorties de messe improvisées par Thierry Escaich à l’orgue de Saint-Étienne-du-Mont, est inouïe ! J’aimais entendre jouer les amis de la classe, j’achetais des disques d’orgue, comme le 3e Choral de Franck par Jean-Pierre Leguay à Notre-Dame de Paris, ce qui m’a permis d’appréhender les différentes manières de jouer et la variété des répertoires. Je citerais aussi André Marchal dont j’ai retranscrit quelques touchantes improvisations sur l’orgue de Saint-Merri, Gaston Litaize dont deux de mes professeurs, Éric Lebrun et Olivier Latry, m’ont beaucoup parlé, et enfin Elsa Barraine, compositrice étonnante, même si elle n’a pas été organiste.
 
Comment concevez-vous votre présence aux côtés des quatre formations musicales de Radio France ? Avez-vous conscience, en plus de votre jeunesse, d’être une voix précieuse et singulière dans un milieu de l’orgue encore majoritairement masculin ?
Voilà quelques années, j’étais surprise quand on me posait cette question en dépit de certaines Cassandres qui croyaient peu en l’avenir d’une jeune femme dans la profession d’organiste. Pourtant j’ai croisé beaucoup d’interprètes captivantes comme Anne-Gaëlle Chanon, mon premier professeur d’orgue, Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin, Véronique Le Guen ou, dans les générations précédentes, Marie-Claire Alain, Jeanne Demessieux et Rolande Falcinelli. J’espère participer à d’intenses dialogues avec les formations de Radio France. L’instrument s’avère aussi un partenaire rêvé pour faire de la musique avec d’autres instrumentistes. Il possède des textures très intéressantes que l’on peut faire contraster avec celles de l’orchestre symphonique ou celles de la musique de chambre. J’ai été frappée par ses facultés de sonner avec éclat ou bien a contrario de se fondre dans l’orchestre comme n’importe quel autre instrument de pupitre. La perspective de jouer des concerts retransmis sur France Musique me remplit de joie car elle transforme le rôle de l’organiste, de la vision des esthétiques jusqu’à la registration et à la diffusion en général, puisque l’immense majorité du public n’est pas visible. C’est un enjeu que d’apporter mon modeste concours à faire évoluer l’orgue en France et au-delà puisque le site de France Musique et l’appli Radio France nous permettent d’être reçus bien au-delà des frontières hexagonales.
 
Propos recueillis le lundi 14 février 2022 par Benjamin François
 

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