Quelle Troisième de Bruckner choisir ?

Vendredi 11 avril 2014
Quelle Troisième de Bruckner choisir ? | Maison de la Radio et de la Musique

Kent Nagano et l’Orchestre Philharmonique aborderont la Troisième Symphonie de Bruckner le 16 mai, Salle Pleyel. Oui mais cette symphonie a connu plusieurs versions… et Kent Nagano a retenu la toute première.

Composée en 1873, la première version de la Troisième Symphonie de Bruckner fut créée à Dresde en 1946 sous la direction de Joseph Keilbert. La deuxième version, composée en 1877, fut créée la même année par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction d’Anton Bruckner lui-même. La troisième version fut composée en 1889 et créée en 1890 par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction d’Hans Richter. L’œuvre est dédiée à Richard Wagner ; sur l’exemplaire que le compositeur offrit au maître de Bayreuth, figure cette dédicace : « Symphonie en mineur, dédiée avec le respect le plus profond par Anton Bruckner à Monsieur Monsieur [sic] Richard Wagner, homme de haut lignage, inaccessible, célèbre dans le monde entier et sublime Maître de la poésie de la musique ».

Cette Troisième Symphonie est une œuvre charnière dans la production de Bruckner. On admet couramment qu’il s’agit de la première symphonie véritablement brucknérienne. Un jugement qu’il convient peut-être de nuancer. Si l’on considère le caractère monumental et liturgique, que l’on associe généralement aux symphonies tardives du musicien, l’œuvre ne correspond au modèle que dans ses versions remaniées. La version originale s’éloigne de ce prototype, où Bruckner invente une nouvelle idée du temps musical, faite de rupture dans le développement des motifs, au point d’en paraître presque démembrée. Dans une certaine mesure, il s’agit d’une expérience qui profitera aux œuvres ultérieures mais qu’il ne renouvellera pas au même degré (si ce n’est dans le finale, fragmentaire, de sa Neuvième Symphonie).

Quand disparaissent les citations

Il est significatif que le musicien lui-même n’entendit jamais cette (doublement) primitive version. Les adaptations ultérieures de l’œuvre gomment ces audaces, pour laisser place à une construction plus conventionnelle, d’aucuns diront mieux élaborée. C’est en ce sens que l’on doit voir les différentes moutures, qui de 1873 (retouchée en 1874), à 1877 (retravaillée en 1878) et 1889 (ultime mise au point), iront vers plus de rigueur formelle et moins de bravade dans les thèmes mis à nu. De révision en révision, elle verra aussi sa durée considérablement réduite. Comme souvent chez Bruckner, à chaque étape correspond une nouvelle conception, où davantage que de simples changements de détails, ce sont des pans entiers qui sont modifiés. Au point de les faire paraître neufs. À l’instar du phénomène de nombre d’opéras retouchés par leurs compositeurs, on pourrait sans excès parler d’au moins trois Troisième Symphonie.

Il faudrait aussi évoquer les citations musicales, qui auront pour la plupart disparu au cours des ultérieurs remaniements ; et notamment les citations wagnériennes qui ont tant fait pour l’appellation de la symphonie : dont le « Liebestod » de Tristan et Isolde et le motif du « sommeil » de La Walkyrie, à la fin du développement du premier mouvement ; ce même motif qui conclut le mouvement lent ; et le même « Liebestod » qui se retrouve dans le dernier mouvement. Mais elles ne sont pas seules, puisque s’ajoutent des auto-citations, de la Deuxième Symphonie ou du « Miserere » de la Messe en ré, ainsi que des références à d’autres compositeurs, comme l’Héroïque de Beethoven (premier mouvement), la Messe de Gran de Liszt (mouvement lent) ou les trilles de contrebasses venues de la Symphonie fantastique de Berlioz (fin de ce même mouvement). Au-delà de simples hommages, elles prennent une valeur structurelle, « réseau de signification syntaxique » selon Wolfgang Kühnen.

Pierre-René Serna

Le concert du 16 mai sera diffusé en direct sur France Musique.

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